La chaleur a souvent été pointée du doigt pour ses effets sur notre organisme, mais qu’en est-il du froid et de son influence sur notre cerveau ? Des recherches indiquent que le froid pourrait renforcer notre alerte, optimiser notre sommeil et même diminuer l’inflammation cérébrale, un facteur clé dans les pathologies neurodégénératives telles que Alzheimer ou Parkinson. Analyse avec Olivier Dupuy, professeur associé à l’École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique de l’Université de Montréal et de l’Université de Poitiers.
« It’s too cold, I can’t think straight ! » (il fait trop froid, je n’arrive pas à réfléchir correctement !), disent souvent les Anglo-Saxons. Cette phrase populaire pourrait-elle être fondée ? Bien que peu documentés, certains travaux scientifiques suggèrent que le froid extrême ou prolongé pourrait nuire aux capacités cognitives en consommant excessivement d’énergie pour préserver la chaleur corporelle.
Il neige et vous tremblez en quittant votre domicile ? Cela est tout à fait normal ! Lorsque le froid se fait sentir, notre cerveau enclenche une série de mécanismes pour conserver notre température corporelle autour de 37°C. « L’hypothalamus, situé à la base du cerveau, agit comme un thermostat ultra-précis, réagissant aux signaux envoyés par des capteurs très sensibles localisés dans la peau, la moelle épinière, l’abdomen et les grandes veines, » explique le Muséum national d’Histoire naturelle. À la moindre variation, l’hypothalamus stimule différents processus de régulation thermique et intensifie notre « chauffage interne » : nos poils se dressent augmentant l’isolation aérienne (phénomène de chair de poule), nos muscles se contractent produisant ainsi plus de chaleur (frissons) et les vaisseaux sanguins se rétrécissent pour limiter les pertes de chaleur (vasoconstriction). Le Muséum précise également : « L’hypothalamus informe aussi les parties supérieures du cerveau qui gèrent la logique et la résolution de problèmes, incitant à la recherche de sources de chaleur, à se protéger du vent ou à consommer des boissons chaudes. »
Toutefois, notre endurance au froid a ses limites : une exposition trop longue peut entraîner une hypothermie et provoquer une confusion mentale.
Risques cérébraux liés à une forte exposition au froid
Une hypothermie (température corporelle en-dessous de 35°C) ralentit le fonctionnement du cerveau, affectant la cognition : confusion, perte de mémoire et altération du jugement. Le froid peut également augmenter le risque d’accident vasculaire cérébral. D’après une recherche menée par l’université Jena University Hospital en Thuringie (Allemagne), le froid pourrait augmenter de 30 % le risque d’AVC.
« Il s’agit de trouver le bon équilibre, explique le chercheur Olivier Dupuy. De nombreux travaux révèlent que des expositions prolongées au froid perturbent les fonctions cognitives et le système sensori-moteur. À l’inverse, une brève exposition semble avoir des effets bénéfiques sur ces mêmes fonctions. »
Avantages du froid sur le cerveau
Alors qu’une longue exposition au froid peut être nuisible, des études proposent qu’un contact bref pourrait au contraire favoriser la cognition, l’humeur et la santé cérébrale.
Il favorise l’alerte et la concentration
Le froid stimule le système nerveux sympathique, augmentant la production de noradrénaline, un neurotransmetteur essentiel pour l’alerte, la concentration et la mémoire. « Grâce au froid, nos systèmes d’alerte sont plus réactifs, nous rendant ainsi plus vigilants, » affirme Olivier Dupuy. Il note aussi que les effets varient selon le type d’exposition : « En cryothérapie, les conséquences ne sont pas les mêmes si la tête reste hors de la chambre ou si l’exposition est totale. »
Il diminue le stress et améliore l’humeur
Des recherches effectuées par le département de Psychiatrie de l’université de médecine de Wroclaw en Pologne, publiées dans Frontiers in Psychiatry, révèlent que la cryothérapie corporelle entière « réduit la dégradation de la santé mentale, particulièrement dans les troubles de l’humeur tels que la dépression, et peut être bénéfique pour le bien-être et la qualité de vie. » Ces résultats sont corroborés par Olivier Dupuy, qui a mené une étude sur les impacts de la cryostimulation sur le sommeil en collaboration avec Laurent Bosquet et Benoit Dugué, ses collègues à l’université de Poitiers. « Les expositions répétées au froid intense ont eu un effet positif sur l’humeur, l’anxiété et la qualité subjective du sommeil, particulièrement chez les femmes, indique-t-il. Elles ont noté une amélioration de leur sommeil lors des troisième et quatrième nuits du protocole : leur score est passé de 3,4 en moyenne sans cryostimulation à 3,9 avec. Leur niveau d’anxiété perçu a également baissé, passant de 43 à 38 points. »
Il stimule la mémoire à court terme
Certaines recherches suggèrent que le froid pourrait améliorer la mémoire à court terme, possiblement grâce à l’augmentation de la noradrénaline et à la stimulation du flux sanguin cérébral.
Il pourrait réduire l’inflammation cérébrale
Enfin, l’exposition au froid pourrait diminuer l’inflammation cérébrale, un élément clé dans des maladies neurodégénératives comme Alzheimer et Parkinson. « Des chercheurs ont proposé à des individus présentant un déclin cognitif notable de pratiquer une activité sportive ou de l’exercice physique en combinaison avec la cryothérapie, explique Olivier Dupuy. Il a été observé que ceux qui ont combiné cryothérapie et exercice ont significativement amélioré leur performance cognitive. La cryostimulation pourrait donc aider les personnes atteintes de démence légère, en association avec de l’exercice physique. » Il conclut : « Une chose est sûre, ce n’est pas un effet placebo. » Ceci ouvre des perspectives intéressantes pour la recherche et les applications cliniques futures.
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